Mes draps se font et se défont, je ne fonds pas dans le sommeil, ni dans mon lit, de plus en plus sans dessus-dessous. Je sens le vide aspirer mon air. Comme un trou noir dans la poitrine, emportant, aspirant mes poumons, ralentissant les battements de mon cœur, les assourdissant, émaillant même mes os, ma cage thoracique s'affaissant sous le manque, sur le vide grandissant, obnubilant. J'ai souvent dit que le manque et moi, on ne se connaissait pas, qu'on ne s'était jamais vraiment rencontrés. Le manque est une rencontre que je n'attendais pas, un acte manqué. Un acte manqué ?
Ma cage s'effondre sous le règne du manque. Je suis loin de chez moi, de ma maison. Elle me manque terriblement, ma maison. Pourquoi ? Pourquoi suis-je parti ? Un élan de liberté, un sentiment d'ailleurs. Au fond, la vraie question, ne serait-ce pas plutôt : pourquoi ce manque ? Est-il la manifestation d'une peur ou d'une profonde intuition ? Une peur de l'abandon, un sentiment d'appartenance ? Pour autant que la certitude existe, je suis certain d'avoir peur.
Suis-je parti sur une erreur de jugement, un écart d'interprétation ?
Sevrage d'un territoire qui ne peut être mien. Sevrage d'une location qui ne peut être mienne. Peut-être ai-je peur de perdre cette dépendance ? Peut-être ai-je peur de mon indépendance ?
Sevrage de sentiments si forts qu'ils éclaboussent.
Sevrage d'humanité si belle qu'elle ensorcelle.
Un amour si sincère que la vie sans lui devient amère. Voilà ce qu'est le Québec à mes yeux. Mon premier amour, mon plus grand à ce jour... ma maison de toujours ?
Je suis en deuil de cet amour, et j'ai le cœur en morceaux, la peur au ventre.
Hélyo James, 2 octobre 2025